En route pour cette dernière étape des championnats de France de marche et vol, direction Vallouise, pour trois jours de compétition intense.
Le programme s'articule autour d'une manche par journée, fonctionnant sur le modèle standard d'une compétition de vitesse. Le système de notation valorise à la fois la vitesse, avec des points attribués au concurrent le plus rapide, des points pour l'achèvement de la manche, et des points bonifiant la recherche de balises optionnelles.
J1 --> De Vallouise au Refuge du Chardonnet
La première journée s'annonce délicate dès le départ. Un voile nuageux de haute altitude bloque l'activité thermique jusqu'à 13h, tandis qu'un vent du nord souffle entre 10 et 15 km/h, compliquant l'accès au refuge du Chardonnet.
Nous avions notre matériel classique de vol , mais également le matériel nécessaire pour le refuge: batterie externe, draps, vêtements de rechange, etc. Cette charge, ajoutée aux litres d'eau emportés, amène mon sac à dos à 13,5 kg pour le premier et le troisième jour. Le deuxième jour, nous pouvions laisser notre matériel optionnel au refuge.
La première balise nous fait reculer sur le parcours. Il s'agit d'une balise optionnelle menant vers La Blanche avec 1400m de dénivelé positif. Une fois là-haut, les conditions ne sont toujours pas au rendez-vous, ce qui nous amène à faire un vol balistique en direction de la Cucumelle.
Durant la première montée, j'avais déjà bu mon premier litre d'eau. Il ne me restait donc plus que 1 L pour continuer jusqu'à la Cucumelle, avec encore environ 950 m de dénivelé positif à gravir.
Sur les 100 derniers mètres de la Cucumelle, la montée devient très raide. Les jambes sont complètement cuites, mais le ciel est désormais dégagé depuis une bonne demi-heure. Je compte exploiter ce potentiel thermique pour valider toutes les balises restantes en vol jusqu'au refuge du Chardonnet.
À cet instant, quelques pilotes ont déjà traversé la vallée de Briançon vers la Tête Noire et entament une remontée à pied pour valider la deuxième balise optionnelle.
Une fois arrivé là-haut, j'observe plusieurs pilotes qui commencent à se maintenir au-dessus du décollage, s'élevant entre 50 et 100 m. Cela me donne confiance. Je prends le temps de manger un morceau, de boire correctement et de m'équiper avant de me mettre en place.
Une fois en l'air, j'essaie de prendre suffisamment d'altitude, mais je constate rapidement que je n'arrive pas à m'élever plus haut que les autres. Les conditions semblent rester stables. Je décide de me diriger vers la balise de la Tête Noire en espérant raccrocher en face et trouver des ascendances. Malgré une ligne porteuse qui m'évite de trop perdre en altitude, lorsque j'arrive en face, la brise associée au vent du nord lèche complètement les faces et empêche toute activité thermique à mon altitude. Je suis obligé de poser à contre-pente, de tout plier et de remonter. Je vois Charles au niveau de la Tête Noire réussir à décoller, s'élever et atteindre un plafond aux alentours des 3100 m. Cela me motive pour une dernière remontée d'environ 700 m vers la Tête Noire, pour tout finir en volant. Il ne me reste alors que 200 ml d'eau.
Durant ma montée, j'observe un pilote réussir à raccrocher la Tête Noire et à se maintenir entre 2500 et 2800 d'altitude après avoir pris des thermiques au milieu de vallée. D'autres pilotes, plus rapides que moi et qui étaient remontés un peu plus haut, parviennent à s'élever au niveau de la Tête Noire. Je suis en retard, mais c'est rassurant pour les ascendances. Il n'y a pas de chemin d'accès pour atteindre le sommet de la Tête Noire. Je finis donc dans un pierrier très raide pour accéder au dôme herbeux situé à son sommet. Une jolie brise combinée à un vent de 15 km/h me permet de me mettre en l'air rapidement. Malheureusement, malgré quelques thermiques explosifs, je n'arrive pas à exploiter ces ascendances. Elles sont trop brèves dans le temps et trop courtes en distance. Après différentes recherches, le vol reste sportif mais ne me permet que de gagner 800 m de distance. Autant dire que cela n'en valait malheureusement pas la peine.
À l'endroit où je repose, je calcule la distance restante pour rejoindre le refuge du Chardonnet : environ 6 km et 450 m de dénivelé positif. Je suis complètement épuisé physiquement, mais il n'y a pas d'autre choix. Il faut impérativement arriver au refuge avant 18 h pour valider la manche. Malheureusement, je n'aurai plus le temps de me rendre à la troisième balise optionnelle, qui aurait pu me rapporter davantage de points. Loïs, qui a posé à 100 m de moi, préfère retenter sa chance en l'air.
La montée est rude. Je fais plusieurs pauses, mais heureusement, arrivé au niveau du col de Roche Noire, une brise se met en place. Elle me permet de rejoindre le Chardonnet en volant, m'épargnant ainsi la descente à pied.
Une erreur stratégique me revient ensuite à l'esprit, en analysant la compétition : il me restait en fait du temps pour me diriger vers la troisième balise optionnelle et revenir. Mais étant complètement fatigué et déshydraté, je n'avais plus la lucidité nécessaire pour réfléchir à cette stratégie.
Je termine donc huitième sur cette manche parmi dix-huit participants, avec un bilan de 3600 m de dénivelé positif pour la journée.
L'ambiance au refuge est sympa. Nous sommes uniquement des compétiteurs cette nuit-là. Cela permet d'échanger sur la journée et sur les ressentis de chacun. Le bilan est similaire pour tous : nous avons beaucoup marché. Nous espérons tous que les conditions de vol seront meilleures les jours suivants. Tout le monde fait un plein d'eau et se recharge après la déshydratation que tout le monde a subie. Pour ma part, la nuit au refuge est peu reposante avec des mollets fatigués. Je me réveille le lendemain pas très en forme. Le sommeil a été léger et entrecoupé. Malgré le super repas du soir proposé par le refuge, l'alimentation ne fait pas tout en matière de récupération.
J2 --> Le tour de la vallée des Cerces
La deuxième journée s'annonce plus favorable. Une convection se met en place à partir de 13 h. Notre objectif : partir du Chardonnet en direction du Thabor.
Nous avions trois balises à valider dans cette direction, dont deux optionnelles. Ensuite, retour au sud du refuge du Chardonnet pour valider deux balises obligatoires. Pour les plus motivés, descente jusqu'à Cheval Blanc pour valider une dernière balise optionnelle, avant de revenir au refuge. L'objectif était d' être de retour avant 18 h.
Au départ de la course, plusieurs pilotes choisissent de décoller rapidement. Pour cela, ils montent en courant encore une petite centaine de mètres pour effectuer un vol balistique en direction du fond de vallée. Leur objectif: valider les dernières balises au nord en alternant marches et vols balistiques, redécoller au Thabor, et finir le parcours en volant.
Je fais un choix différent de celui des autres pilotes : je ne décolle pas dès la première butte herbeuse. Je préfère m'avancer un peu plus pour être certain d'avoir la hauteur et la distance nécessaires pour faire un joli vol balistique.
Pour un gain de 300 m horizontaux et 30 m verticaux, j'arrive à m'épargner 800 m de marche. En termes de temps, ce n'est pas plus rentable que les autres. En revanche, en termes d'énergie, c'est nettement plus avantageux.
Après le vol balistique, accompagné d'autres pilotes, dont Solène, nous remontons en direction de Rochechouart pour valider la première balise optionnelle. Nous espérons pouvoir voler et valider une balise obligatoire, puis poser au pied de l'autre balise optionnelle située au Mont Thabor. La montée se passe bien, les sensations sont bonnes. Étonnamment, je ne sens ni mes mollets ni la fatigue de la veille.
Arrivé au niveau du col de la Madeleine, à côté de Rochechouart, le vent du nord s'avère plus fort que prévu. Nous trouvons un petit goulet qui nous permet d'étaler une moitié d'aile dans un pierrier, suffisant pour décoller. Malheureusement, pour certains pilotes, il y aura de la casse de matériel au moment de décoller nécessitant des réparations de fortune.
Avec Téo, nous décollons et parvenons à valider la balise obligatoire. Lui réussit à valider la balise optionnelle du Mont Thabor. Malheureusement pour moi, je suis obligé de poser dans un pierrier non loin de la balise. Atterrir dans un pierrier est technique ; je prends donc le temps de trouver une zone confortable pour éviter de me fouler la cheville.
Une fois posé, direction le Mont Thabor et les 600 m de dénivelé positif que j'espère être mes derniers à marcher. Durant la montée, je rencontre de nombreux touristes qui me posent des questions sur la compétition. Au moment du décollage, ils m'aident également à me mettre en place et évitent que mes suspentes ne s'accrochent aux cailloux.
Le décollage du Mont Tabor se déroule bien. J'essaie de rejoindre en volant les faces Est qui longent le refuge du Chardonnet. Malheureusement, comme le premier jour, je n'arrive pas à exploiter suffisamment les thermiques. Je réalise un premier vol balistique qui me permet de revenir jusqu'au refuge.
Mon objectif : faire le plein d'eau, remonter un peu sur les faces Est et redécoller. Justement, au moment où je pose, j'aperçois Ronan, un pilote local, réussir à prendre un super thermique qui le propulse à 1000 m d'altitude par rapport à moi. Je me dépêche donc de remonter de 20 m, de déplier mon matériel et de prendre le même courant.
Ce thermique permet de me replacer au niveau de la course. Je profite du léger retard que j'ai sur Ronan pour me mettre en contrôle derrière lui, suivre sa trace et ainsi éviter les zones descendantes.
Grâce à la différence de voiles entre nous, j'arrive à mieux appréhender les ascendances. Je parviens ainsi à descendre tranquillement au niveau de Cheval Blanc, puis à remonter via les faces Ouest de la Tête Noire pour prendre ma revanche de la veille.
Cette fois-ci, je suis heureux. J'arrive enfin à profiter du paysage. Je prends mon temps afin d'être certain de ne pas faire un point bas en vallée et de devoir remonter 2000 m de dénivelé positif.
Sur cette deuxième manche, j'ai terminé au sixième rang au scoring, avec un bilan journalier d'environ 1600 m de dénivelé positif parcourus à pied et nettement moins fatigué que la veille.
Au bilan de fin de journée, je me classe cinquième des deux manches combinées, et je ne suis pas très loin du quatrième. J'ai une balise de retard sur le troisième, tandis que le sixième a deux balises de retard sur moi. Je suis plutôt bien placé au niveau du classement général.
J3 --> Refuge du Chardonnet - vallée de Vallouise
Pour ce troisième et dernier jour de compétition, la journée s'annonce décisive. C'est l'opportunité de tenter de grimper sur le podium ou, du moins, de gagner une place au classement général. La nuit a été bonne et nous reprenons tout le matériel lourd.
L'objectif de la course est clair : monter, effectuer un vol balistique en direction de Vallouise, puis valider plusieurs balises optionnelles aux alentours avant d'aller poser sur l'atterrissage officiel.
Première montée en direction du Picombière, très similaire à l'alcool au niveau de la prononciation , mais écrit différemment. La compétition débute en même temps que celle du trail de Serre Chevalier. Charles et Loïs, pour piquer un peu l'ego des trailers, les doublent en courant avec leurs sacs à dos durant la montée. Le reste du groupe des volants alterne entre course et marche pour rejoindre Vallouise le plus rapidement possible.
Une fois au sommet, direction la station de ski sous la Cucumelle, puis remontée en direction de la Cime de la Condamine. Cela représente une deuxième montée de 1400 m de dénivelé positif, à rajouter aux 600 m de la première montée.
Les sportifs bien entraînés parviennent à courir sur toute la partie plate et en faux-plat montant pour prendre un maximum d'avance et rejoindre la balise à la Cime de la Condamine. Pendant ce temps, Lucas m'accompagne. Nous prenons notre temps en espérant arriver au décollage juste au moment où les conditions commencent à s'établir.
Il nous reste encore un petit peu d'eau. Lucas est épuisé. Je me sens encore disponible pour une dernière montée au besoin, mais si je pouvais l'éviter, j'en serais ravi. Nous prenons le temps de regarder sur le live track comment se débrouillent les autres pilotes qui sont déjà en l'air. On voit qu'ils parviennent à se maintenir mais pas à s'élever. Cette information nous permet de prendre le temps de manger, de boire et de nous installer tranquillement.
Au moment où je vois quelques pilotes réussir à prendre suffisamment d'altitude, je me mets en l'air et je les rejoins. J'ai pris un peu de retard dans ma décision, et lorsque j'arrive, les premiers pilotes ont déjà eu le temps de valider une première balise optionnelle située dans les Écrins, au niveau du sommet des Bans. Je n'arrive pas à prendre beaucoup d'altitude, donc je décide de tout faire par le bas pour valider cette même balise.
Je reviens ensuite sur mes pas et fais le choix stratégique d'aller valider la balise obligatoire en direction du sommet de la Pandine, avant de revenir valider la dernière balise optionnelle située au niveau de la Pointe de la Grande Sagne.
En me dirigeant vers cette dernière balise, je suis complètement plafonné à 2700 m d'altitude, sans réussir à monter plus haut. Toutefois, en trouvant facilement des ascendances qui me remontent de 2300 à 2700 m, je fais le choix de passer à nouveau par le bas pour valider toutes les balises, une option qui me réussit pour l'instant.
Vers 13h, au moment de mettre le cap sur cette dernière balise, deux options s'offrent à moi pour aborder la vallée : basculer sur les faces Ouest ou rester sur les faces Est. J'observe des pilotes s'élever à l'Ouest et d'autres se maintenir à l'Est. Les faces Est ayant chauffé toute la matinée, je choisis cette direction et rejoins deux pilotes. Malheureusement, impossible de trouver de grosses ascendances ; cela me permet tout juste de tenir mon altitude.
En étudiant le fond de la vallée, je constate qu'il est possible de se poser pour l'instant. Je décide de tenter ma chance en avançant jusqu'à valider la balise. Plus j'avance, plus je descends ou me maintiens en altitude, ce qui reste assez rassurant. Une fois la balise validée, je fais demi-tour. L'atterrissage reste toujours possible, mais je me retrouve bas en altitude. Je croise les doigts pour réussir à me maintenir sur les faces Est jusqu'au passage où l'écart avec les faces Ouest se réduit, me permettant ainsi de basculer de l'autre côté.
J'arrive à basculer sur la face Ouest sous la Tête de la Draye. Je suis assez bas. Il ne faut pas que je tarde à prendre une décision : soit je pousse en espérant trouver quelque chose, tout en prenant le risque de poser dans les arbres, soit je décide de poser rapidement pour finir la course en courant. Je pousse le vice sur une petite centaine de mètres supplémentaires car j'arrive à maintenir mon altitude et j'espère que la brise venant frapper le relief me permettra de m'élever.
Quelques centaines de mètres plus loin, c'est effectivement le cas. Ouf, j'arrive à reprendre de la hauteur, juste ce qu'il faut pour pouvoir rentrer en direction de Vallouise. Il me reste 4 km à parcourir pour atteindre l'atterrissage.
Si l'instrument m'indique que l'altitude est suffisante, cela n'empêche pas le fait que je commence à couler au dernier kilomètre, me laissant craindre de devoir courir les 400 derniers mètres pour arrêter le chrono. Le temps paraît un peu long pendant cette phase de descente.
Heureusement, juste avant d'atteindre l'altitude critique qui m'aurait forcé à poser, je réussis à capter une dernière ascendante. Cela me permet de survoler les maisons et d'aller poser tranquillement sur l'aire d'atterrissage.
A l'issue de cette troisième manche, je termine septième en raison de ma perte de temps au décollage. Cependant, les pilotes qui terminent devant moi n'ont pas marqué beaucoup de points lors des manches précédentes, ce qui me permet de valider ma cinquième place au classement général.
Nous avons vécu de belles manches de compétition, mais je n'ai pas été assez rapide dans les montées ni en vol pour combler mon retard. Je sais ce qu'il me reste à travailler pour l'année prochaine. Il va falloir que je sois aussi efficace à la montée que les premiers.